Posted in Côté psy

Apprendre: la définition de Stanilas Dehaene 

J'ai toujours aimé apprendre. Mais ce n'est pas le cas de tous les enfants que je croise sur ma route d'enseignante ! Passionnée par les processus d'apprentissage et la méthodologie, je partage avec vous le fruit de mes recherches pour qu'apprendre soit toujours un plaisir !
Apprendre: la définition de Stanilas Dehaene  Posted on 9 décembre 2019Leave a comment
J'ai toujours aimé apprendre. Mais ce n'est pas le cas de tous les enfants que je croise sur ma route d'enseignante ! Passionnée par les processus d'apprentissage et la méthodologie, je partage avec vous le fruit de mes recherches pour qu'apprendre soit toujours un plaisir !

À l’heure des algorithmes, on peut encore légitimement se demander ce qui signifie apprendre pour un être humain. Dans son livre Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines, Stanislas Dehaene, psychologue cognitiviste et neuro scientifique, se pose la question du « comment » nous apprenons, et en quoi réside notre singularité.

Qu’est-ce qu’apprendre ?

La définition du Littré est assez laconique : « Acquérir une connaissance, retenir dans sa mémoire ». Toute la complexité réside dans « acquérir ». Comme il n’est pas question d’acquérir un savoir comme un objet, il est nécessaire de nous rapprocher de ce verbe pour en découvrir les détails. Comment acquiert-on des connaissances?

Apprendre, c’est ajuster les paramètres d’un modèle mental en minimisant les erreurs

Notre cerveau, nous dit S. Dehaene, est statisticien. Ainsi, il formule des hypothèses et sélectionne celles qui correspondent le mieux au monde extérieur. Ce travail d’adaptation aux réponses apportées par l’extérieur passe par l’analyse rapide des erreurs (feed-back, correction) qui nous permet, du coup, de moins en faire !

Apprendre, c’est restreindre l’espace de recherche

Face à un problème à résoudre, un enfant qui mobilise bien ses connaissances antérieures va puiser dans ses ressources celles qui lui paraîtront les plus appropriées. Par exemple, face à une situation itérative (« Paul achète 4 paquets de 8 biscuits. Combien Paul a-t-il de biscuits?), il ne va pas tenter de faire une soustraction.

Apprendre, c’est optimiser une fonction de récompense

Le circuit de la récompense est un système fonctionnel fondamental des mammifères, situé dans le cerveau. Ce système est indispensable à la survie, car il permet la réalisation d’actions ou de comportements adaptés, nécessaires à la préservation de l’individu et l’espèce (recherche de nourriture, reproduction, évitement des dangers …). Ce système de récompense s’active également lorsque nous apprenons et réussissons quelque chose de nouveau.

L’enfant qui va réussir pour la première fois à marcher va activer ce système et en ressentir une immense gratification. Réussir un exercice, parvenir à restituer une poésie, synthétiser correctement ses connaissances lors d’une évaluation, réserve une gratification du même ordre.

Apprendre, c’est résister

Faisons un détour par un autre auteur qui apporte aussi une précision à ce qu’apprendre veut dire : Olivier Houdé, professeur de psychologie en développement de l’enfant, a montré qu’apprendre, c’était aussi résister à des formes d’automatismes, exercer« l’inhibition d’une stratégie perceptive inadéquate ». C’est une tâche particulièrement ardue pour l’enfant d’aller à l’encontre de ce qu’il ferait intuitivement : pensons à ce fameux « s » du pluriel, qui, malheureusement, ne s’applique pas à la troisième personne du pluriel en conjugaison. Et pourtant, que de « ils chantes » trouvons-nous dans les cahiers !

Nous apprenons mieux que les machines

La complexité du phénomène de « l’apprendre » se situerait peut-être dans notre capacité à nous former un modèle abstrait du monde. L’enfant ne vit pas seul. Dans ce bain social, le tout jeune enfant passe son temps à analyser des situations, à en tirer des conclusions de haut niveau qu’il remet tout de suite à l’épreuve. Le bébé humain parvient donc à tirer un maximum de déductions de chaque observation, même la plus incertaine. Il en résulte une sorte de « grammaire » de l’existence, des méta-règles qui lui permettent d’organiser les informations qu’il partage avec son entourage. Cela peut concerner le monde physique, mais aussi les émotions, les concepts, l’imagination.

« Toutes ces méta règles illustrent ce que l’on appelle la bénédiction de l’abstraction : chaque mot, chaque phrase que l’enfant entend vient renforcer une règle de haut niveau […] qui peut donc être apprise très vite. Grâce à elles, vers deux-trois ans, dans cette période bénie qu’on appelle à juste titre l’explosion lexicale, l’enfant apprend entre dix et vingts mots nouveaux par jour, sans aucune difficulté, juste sur la base d’indices si ténus qu’ils continuent de faire caler les meilleurs algorithmes de la planète. » (p 83)

A retenir :

  • Nous apprenons en formulant des hypothèses et en les ajustant à la réalité ;
  • Le retour sur erreur est vecteur d’apprentissage ;
  • Le circuit de récompense est engagé dans l’apprentissage ;
  • Apprendre, c’est inhiber des stratégies inefficaces ;
  • Apprendre, c’est construire un modèle abstrait du monde subtil et complexe.

J'ai toujours aimé apprendre. Mais ce n'est pas le cas de tous les enfants que je croise sur ma route d'enseignante ! Passionnée par les processus d'apprentissage et la méthodologie, je partage avec vous le fruit de mes recherches pour qu'apprendre soit toujours un plaisir !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.