Faire Des Erreurs Pour Mieux Apprendre ?

L’école est censée être un lieu dédié à l’erreur. Pourtant, beaucoup d’élèves se sentent stressés à l’idée de faire des erreurs ou d’avoir une mauvaise note. La bonne nouvelle, c’est que nous, parents, pouvons les rassurer en leur expliquant que l’erreur est nécessaire à l’apprentissage. Approfondir ses connaissances est impossible si tout est prévisible. Alors encourageons-les à faire des erreurs pour mieux apprendre !

Les erreurs sont nécessaires pour apprendre

« Quelqu’un qui n’a jamais fait d’erreur n’a jamais rien essayé de nouveau » disait Albert Einstein. En effet, comprendre et assimiler des nouvelles connaissances implique nécessairement de se tromper. Votre enfant a appris dès les premières minutes de sa vie, et ce, sans perdre confiance dans sa réussite future. A-t-il renoncé à apprendre à parler ou à marcher parce qu’il s’est confronté à de multiples échecs? Non, car c’était des échecs temporaires. En grandissant, nous perdons de cette confiance et de cette spontanéité et nous commençons à redouter de « mal faire ».

Comment restaurer ce rapport sain à l’erreur ? En la remettant au cœur de toute progression. Stanilas Dehaene, neuropsychologue, a identifié 4 étapes nécessaires à l’apprentissage :

  • l’attention ;
  • l’engagement actif ;
  • le retour sur information ;
  • la consolidation.

Ici, c’est la 3ème étape qui nous intéresse. Le retour sur information ou feed-back permet d’identifier les difficultés rencontrées. Ces difficultés sont un indicateur précieux pour le cerveau, qui fonctionne sur le mode des prédictions. Si la rétroaction montre que la prédiction est fausse, (comme lorsqu’un tout petit enfant essaie d’insérer un cube dans un emplacement rond) alors le cerveau va utiliser cette erreur pour se corriger et tenter d’améliorer la prédiction suivante.

L’apprentissage commence quand un signal d’erreur montre qu’une prédiction n’est pas adaptée. Les erreurs doivent donc être un levier pour apprendre et non devenir une source de stress.

faire des erreurs et se faire corriger pour mieux apprendre
Le retour sur erreur ou rétroaction, permet à l’enfant de savoir qui ne va pas : il pourra proposer une meilleure prédiction à l’avenir.

Le message à faire passer à nos enfants : quand on se trompe, on apprend !

L’erreur prend du sens si elle est analysée rapidement

Une erreur est repérée comme telle si elle est identifiée rapidement. C’est pourquoi il peut être intéressant de reprendre avec votre enfant les exercices de la journée, pour voir s’il a compris la correction. En effet, les corrections collectives favorisent le décrochage de l’attention, et l’enseignant.e n’a pas toujours la possibilité de faire une rétroaction individuelle. Ainsi, à la maison, demandez à votre enfant de vous indiquer ce qu’il n’a pas compris, le soir même. Si vous ne vous sentez pas capable de lui expliquer, prenez l’habitude de noter sur l’agenda les questions que votre enfant pourra poser à son professeur le lendemain. Habituez-le à demander des explications et à ne pas s’en sentir gêné !

Par ailleurs, voici quelques exemples de feed-backs que vous pouvez aussi utiliser sur le temps de devoirs pour aider votre enfant à prendre conscience de ses erreurs pour mieux apprendre :

  • Encourager à finir un travail, même s’il comporte des erreurs, pour y revenir plus tard : « Termine cet exercice, puis apprend tes mots de dictée. Tu reviendras sur les maths après! »
  • Refaire un exercice une fois les erreurs identifiées : « Tu as compris que tu t’étais trompé d’opération. Tu peux la refaire à présent ! »
  • Décrire ce qui est compris et indiquer ce qu’il reste à améliorer : « Tu as bien compris que quand on utilise la même quantité plusieurs fois, il faut faire une multiplication. Il faut désormais que tu saches tes tables pour calculer plus vite. »
  • Proposer des objectifs d’amélioration : « On pourrais reprendre une table chaque soir pendant 2 semaines, qu’en dis-tu ? »

Le message à faire passer à nos enfants : il ne faut pas hésiter à faire contrôler son travail et à recommencer !

Faire des erreurs ne doit pas en cause sa valeur

Si faire des erreurs peut être une expérience si pénible, c’est parce que plusieurs facteurs psychologiques interviennent.

La comparaison entre pairs

Arrivé à un certain âge, notre enfant va commencer à s’interroger sur ses compétences et à se comparer à ses camarades. Cela débute généralement au CP. L’attitude des adultes va également être un facteur important : est-ce que l’enseignant valorise le fait de se tromper, et donc d’expérimenter ? Et vous, comment réagissez-vous face à l’erreur ? N’oubliez pas que les émotions sont plus forte que le discours : si vous prétendez que ce n’est pas grave de se tromper mais que vous vous impatientez quand votre enfant échoue, vous envoyez un message contradictoire.

La mentalité fixe

Si votre enfant commence à se qualifier de « bon » ou « pas bon » dans certains domaines, aidez-le à déconstruire cette étiquette. En effet, une mentalité fixe, qui engendre la croyance qu’on a des capacités figées, ne peut pas permettre à votre enfant de tirer parti de ses erreurs pour apprendre. Les erreurs seront alors de « sa faute », et il aura l’impression de ne rien pouvoir faire pour changer ça. Pire, elles altèreront son estime de soi et sa confiance en soi.

Faire des erreurs ne doit pas altérer la confiance en soi
Faire des erreurs ne doit pas altérer la confiance en soi !

Estime de soi et confiance en soi

Notre enfant tire sa motivation de notre joie lorsqu’il réussit. Apprenons à nous réjouir aussi de ses tentatives de succès ! Initions notre enfant à la mentalité de croissance, qui remet au centre des apprentissages la motivation, la persévérance et la valeur d’un travail régulier. Nous pouvons lui expliquer que se confronter à la difficulté est une chance de développer son cerveau et un signe qu’il est en train d’apprendre ! Montrons-lui notre fierté et verbalisons que nous ne serons pas déçus s’il essaie et qu’il se trompe.

Accepter qu’on ne sait pas tout rend plus intelligent

Accepter de faire des erreurs n’est pourtant pas chose simple. Nous-même en tant qu’adultes, nous n’aimons pas être pris en défaut. Ce n’est pas une attitude confortable car nous nous sentons alors méfiants et peu sûrs de nos compétences.

faire des erreurs et l'accepter pour mieux apprendre
Nous ne savons pas tout. Alors ne cessons pas d’apprendre !

Or, il est bien plus enrichissant de se montrer humble et curieux. En effet, reconnaître que nous pouvons faire des erreurs nous permet de respecter le mode de fonctionnement du cerveau, qui remet continuellement ses prédictions en questions. Sylvie Chokron, psychologue, résume cette attitude positive en ces termes : « Comment savoir ce qui nous reste à apprendre, si on ignore l’étendue de sa propre ignorance ? ». Une équipe de l’université de Duke rapporte des résultats tout à fait étonnants sur le lien entre humilité intellectuelle et performances d’apprentissages. Les participants les plus humbles, les plus enclins à accepter qu’ils pourraient se tromper ont :

  • une plus grande capacité à distinguer le vrai du faux ;
  • de meilleures performances de mémorisation ;
  • une plus grande ouverture d’esprit ;
  • une meilleure motivation à apprendre.

Le message à faire passer à nos enfants : accepter qu’on commet des erreurs fait de nous une personne curieuse et motivée !

Bonus : qu’est-ce que le temps de « temps d’incubation » ?

Quand on bloque sur un exercice ou qu’on enchaîne les erreurs, il peut être bon de faire autre chose pour activer le mode « par défaut » du cerveau. Ce temps d’incubation est un temps de recherche inconsciente qui peut aider à surmonter une difficulté passagère. Faire un autre exercice, aller se chercher un verre d’eau, prendre sa douche, etc : l’activité choisie pour ce temps d’incubation ne doit pas être trop gourmande en énergie et en attention pour être efficace.

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